Tout d’abord, il y a le travail avec le modèle.

 

Le modèle pose, fige une attitude, pour peu de temps...il y a urgence de saisir l'instant, de ne pas laisser échapper ce sentiment fugace que nous sommes tous pétris d'une même humanité.
Mes outils sont simples : ce sont ceux du dessin. . La couleur n'est pas ici ma motivation première. Peut être juste sert-elle à la présence d'un mouvement, d'une énergie qui vient effacer le contexte pour se confondre avec la forme. Le corps de l'individu qui pose devient alors ce corps qui parle, qui parle de nous, de notre condition humaine...

Avec la tête de l'oiseau, posée comme par oubli, le corps n’est plus juste humain, il devient hybride et nous amène à traiter du rapport entre réel et imaginaire. Intégrer l’imaginaire dans la réalité c'est lui donner la possibilité d’être.

 

J’aimerai dire : « Voilà l’humanité qui n’existe pas et pourtant on l’a aimé ».

Le contexte vient ensuite, de manière diffuse, s’appuyant sur un ressenti, une intuition.

C’est à travers ce prisme que je peux construire ma narration que je veux résolument contemporaine, utilisant l’allégorie pour interroger l’humanité, apportant la violence de la couleur en résonance à celle du monde.

 

Danielle Burgart – février 2016

 

 

 

L’univers de Danielle Burgart est peuplé de corps placés dans des environnements insolites et dérangeants qui font penser à ceux des œuvres de Paul Delvaux ou de Max Ernst.

Ses personnages, mi humains mi animaux, solidement modelés par des ombres et des lumières, sont figés en plein mouvement, muscles tendus. Inexpressifs, ils ne sont plus que des sortes de résidus visibles de l’être, seuls moyens de communication et de relation avec leurs semblables.

Paradoxalement, ces corps sans identité précise se muent en champs de pure expression, dépassant largement leurs limites. La tension suggère une violence latente, prête à exploser, mais sans volonté destructrice. Il s’agit, en quelque sorte, de la matérialisation de la part d’animalité ou d’inhumanité qui réside en chaque être et qui cherche à se dissoudre dans la sensualité de son environnement. Une sorte de rébellion intérieure concrétisée par la seule posture du corps, mais sans personnalisation ni psychologisation. Une métaphore de notre humanité.

 

Louis Doucet - Collectionneur et commissaire d’exposition

 

 

 

Dans le série des hommes oiseaux, la « créature de Danielle Burgart est un personnage hybride et l’évocation poétique qu’en fait l’artiste, entre allégorie et mythe, devient l’objet du récit.

 

Le dessin assuré de Danielle Burgart nous en installe l’hypnotique, inquiétante et séduisante présence, dans un univers structuré par une matière picturale dont les accents colorés, parfois violents, sont toujours maîtrisés pour soutenir l’expression.

 

Dans l’espace de l’œuvre où tendresse et cruauté se côtoient, Danielle Burgart nous fait suivre, fascinés, les rapports qu’elle-même entretient avec cette humanité chimérique, cette force altière du vivant, cet Horus contemporain appelé à une autre renaissance…

 

Piero Cavalleri - Galeriste

 

 

"Le monde pictural que Danielle Burgart construit autour du corps se nourrit à la fois de la douceur des ombres, de la force des reliefs qu’elle apporte et de la puissance des mouvements que suggère la composition. Négligeant les visages, comme les regards, ce sont ces corps, avec leurs muscles, que Danielle Burgart fait parler. Et quelle expression ! Danielle Burgart scrute et découvre à travers les chairs, non point ce qu’elle veut dire, mais bien ce que l’individu exprime, elle le découvre et nous le présente, elle en étudie l’expression corporelle, la décompose et en extrait le sens. Pour mieux exprimer son sujet, Danielle Burgart le place dans un environnement abstrait où les plages de couleurs sombres, mais accompagnées d’ocres, font vibrer le dessin lequel est le motif premier de la toile. La peinture de Danielle Burgart est celle d’un coup de crayon, avec sa précision, sa force, son dynamisme."

 

Christian Germak – ART GAZETTE INTERNATIONAL

 

 

 

Si Danielle Burgart consacre tout son travail de création au corps humain, elle l'aborde comme un champ d'expression dépassant largement ses limites. Le corps, c'est la part visible de l'être, mais c'est aussi par lui que nous communiquons, que nous sommes reliés au monde et tout d'abord à nos semblables.


Peintre et graveur de formation, elle accorde une très grande attention aux mouvements de la lumière, passant sans cesse de l'ombre à la clarté. .On ne peut cependant pas dire que ses huiles manquent de tonus ou de fermeté. Bien au contraire. On sent poindre en elles une violence souterraine, volcanique, mais qui n'est pas dévastatrice. C'est la violence même de la vie qui surgit, renaît, s'épanouit en gestes radieux ou se rebelle soudain, bouillonnante. Bien qu'on n'en voit jamais le visage, Danielle Burgart ne délaisse pas l'intériorité de ses sujets .


L'anatomie humaine, sa charpente et ses muscles et ses organes n'ont plus de secret pour cette artiste qui sait aussi se rendre caressante, comme on peut le constater à travers se précieuse série de gravures. L¹apaisement ainsi survient entre deux mouvements, deux gestes ou deux passes d'armes.
Tantôt le corps est seul, comme au repos, tantôt il se déploie, devient guerrier ou conquérant, s'épanouissant à même l'espace comme des notes sur une partition. Est-ce une réponse au monde virtuel qui tend à congédier la vie, à la placer hors champ, à nier comme une insulte? Il serait temps de ramener l'humanité à elle-même. L'actualité nous y enjoint.


D'une énergie bouleversante, les oeuvres de Danielle Burgart semblent nées dans l'urgence. Une impérieuse nécessité les achemine vers nous pour nous signifier notre essence. Nous sommes faits de chair et de sang, voués à empoigner la vie et à l'étreindre, à voir en l'autre ( en tous les autres) un frère ou une soeur. Mais nous restons le plus souvent absents, fermés, repliés sur nous même, comme si nous avions peur d'être vivants, peur du masque de peau dont nous sommes revêtus. Danielle Burgart nous encourage à vivre dangereusement. C'est à dire à sortir de nous-même.

 

Louis PORQUET- Critique

 

 

 

LE CORPS ABSOLU OU LA CONFRONTATION COMMUNIQUANTE

 

Danielle Burgart aime le corps. Pour autant ce n’est pas pour elle une simple thématique (si thématique il y a on peut la trouver seulement dans ses séries comme celle consacrée à la danse). Le corps devient chez elle non objet mais sujet. Plus même : langage. Ses peintures, ses gravures jouent souvent sur le noir et blanc non pour déréaliser le corps mais afin de porter sur lui un autre regard. Il faut donc se méfier de l’artiste lorsqu’elle justifie son choix par modestie en affirmant "Je ne suis pas vraiment une coloriste, je viens en fait de la gravure". D’autant qu’avec le temps son langage s’est affirmé. La violence de la chair ample, de ses mouvements s’épanouissent au sein d’une approche qui évite toute psychologisation. Pour cela l’artiste élimine de ses plans le visage car c’est là la meilleure (ou la pire) manière de limiter la peinture à une fausse interprétation. Si la psychologie existe c’est dans les formes qu’il faut la chercher et non dans la représentation portraitiste.

L’anatomie est seule (du moins en apparence) le centre de la recherche de l’artiste. Par effet de surface (Danielle Burgart pourrait faire sienne l’affirmation de Bram van Velde « ce que j’aime dans la peinture c’est que c’est plat) émerge une connaissance des gouffres de qui (ou quoi) nous sommes. Entre impétuosité de geste mais aussi la caresse, l’artiste reprend donc ce que Valéry soulignait : « le plus profond dans l’homme c’est sa peau ». Mais chez elle il ne s’agit d’une peau exsangue, anorexique, mortifère. Il s’agit à l’inverse d’un corps plein qui veut empoigner la vie dans ce qu’elle a de plus profondément  tragique, heureux et sensuel. Ombre et lumière, jeu du noir et du blanc (mais aux couleurs sombres s’adjoignent parfois des éléments plus vifs qui font vibrer l’ensemble) entraînent dans ce qui tient de la sarabande mais aussi de la hantise de la  chair.

 

Le corps donc rien que le corps mais comme l’écrit l’artiste «  impliqué dans une
recherche formelle » d’où il surgit souvent de manière sculpturale en ce qui tient d’un théâtre de l’amour et de la cruauté. Le corps semble une bête sortie du ventre, des épaules, des cuisses dans une présence fécondante. La peinture n’en est pas le témoin mais la transfiguration. Il vient donc non de ce qu’il est mais de la manière dont Danielle Burgart le transfigure. Certes comme disait Artaud  « Là où ça sent la merde, ça sent l’être, l’odeur de la merde et l’odeur de l’être » mais l’artiste opte pour une autre « obscénité » plus vivifiante et bien loin de ce que l’on entend généralement par « obscène ». Il faut entendre ici : monstration du corps non forcément promis mais comme appel à être.

 

En effet et contrairement à beaucoup d’artistes Danielle Burgart ne joue pas sur le fantasme même s’il est vrai que sa peinture à de quoi le rassasier.. Et d’une certaine manière à travers ces œuvres la créatrice nous demande : Avons-nous encore un corps  ? C’est le sens de cette approche anatomique et mentale d’où émergent l’attraction, la fascination de la peau et de ce qui l’habite, la met en mouvement. D’où la densité progressive de ses œuvres, leur montée en puissance. La certitude qu’il n’y a de choses ni pour l’être ni pour être sinon cette enveloppe  mouvante horlogerie de forces primaires, bouillantes jusqu’à la surchauffe mais parfois aussi avachies ou vagissantes.

 

Par ailleurs Danielle Burgart sait combien le « Je » est un gouffre d’inertie et  d’énergie, de dépression et de reprise. Sa station immobile est active, et son activité fait travailler le repos inné. Là est l’essentiel. Car pour l’artiste  il ne faut pas expliquer l’être mais le sortir. Ne pas penser à sa propre nature mais envisager l’existence autre. La créatrice ne crée que pour ça : elle  ronge la cruauté et la valeur, harmonise sans admonester – ce serait le piège de la culpabilité. Par la nudité elle met à mal les remaillages, les rempaillages, les remodelages chirurgicaux dit esthétiques. Elle nous défait de ça et nous apprend à accepter de nous voir sans préméditation.

 

Les femmes de l’artiste sont donc à la fois elle et nous. Par la peinture nous passons derrière nos yeux là où l’espace mental et le visible permutent. Le mâle qui ignore le féminin même  s'il existe en lui une part de féminité (depuis l'Ancien Testament, depuis l'Aleph le partage entre masculin et féminin fait problème) trouve soudain une faille dans la séparation même des sexes. Il sort de lui même sans se contenter de fantasmer une pénétration. Et si pénétration il y a elle est d'une autre ordre que la copulation. La proximité des corps de Danielle Burgart offre un écart. Ils ne font pas forcément le jeu de la proximité si ce n'est de l'autre qui est déjà en nous-mêmes.

 

Nous pouvons alors résumer cela ainsi : la rencontre échappe à sa possibilité. Attirés par l'étrange nous devenons étrangers à nous-mêmes  dans une intimité qui nous rend étrangers. Non pas séparés ou divisés : inaccessibles mais en possibilité de reconquête dans  ce que Blanchot nomma "le rapport infini d'une communauté inavouable". Existe dans l'œuvre le corps absolu. Surgit aussi l'impossibilité que le vouloir et même cequ'on nomme désir franchissent l'infranchissable sauf à la rencontre soudaine, imprévue, non préméditée qui annule tout sentiment ravageur jamais assuré d'être éprouvé en celle ou celui que ce mouvement est destiné. Contentons nous de ce savoir qui ne saurait en être un. Contentons nous de cette confrontation communicante. L’existence y est jouée.

 

Jean-Paul  GAVARD-PERRET - Philosophe et Critique

______________________________________________________________________

______________________________________________________________________

______________________________________________________________________

______________________________________________________________________

______________________________________________________________________